La jeune Emma Ernst fait sa place au Standard Femina : "J'ai découvert un autre monde"

À 17 ans, la footballeuse Emma Ernst (Froidthier / Thimister - Clermont ), formée à Aubel, commence à enchaîner les titularisations en Super League. Elle vient de marquer deux fois en autant de matchs.
Un but décisif à Westerlo le 17 janvier (0-1), un autre pour lancer ses couleurs vers le succès la semaine suivante contre La Gantoise (2-0), chaque fois du front : Emma Ernst est en pleine bourre depuis l'entame de la deuxième partie de saison en Super League. "On peut dire que le jeu de tête est une de mes qualités, je n'ai pas peur d'aller au duel", sourit celle qui vit sa troisième saison sous les couleurs du Standard Femina.
"Dans ma tête, j'allais toujours rester avec les garçons"
La première au sein du noyau A, après avoir évolué au sein des catégories WU16 puis WU18, avec le brassard de capitaine autour du bras l'an dernier. Avant de débarquer chez les Rouchettes, la fille de René Ernst (actuel T2 de Raeren-Eynatten) a fait ses gammes à Aubel dès ses six printemps. En compagnie d'équipiers masculins, systématiquement. "À l'époque, je ne connaissais rien du foot au féminin, je ne m'y intéressais pas. Dans ma tête, j'allais toujours rester avec les garçons (rires). Bon, en grandissant, j'ai évidemment compris que j'allais me retrouver avec des filles à un moment. C'est arrivé au Standard, où j'ai forcément découvert un tout autre monde."
Pas mal, comme courbe ascendante, pour une joueuse dont le papa "ne voulait pas que je fasse du foot", s'amuse-t-elle. "Effectivement, mon épouse Bérengère et moi l'avions inscrite au basket, le football n'étant pas trop ce que je préconisais pour elle. Je suis fan de ce sport mais il faut admettre qu'il y a une dizaine d'années, sa version féminine était bien moins développée. En fait, elle a assisté à des entraînements à Aubel jusqu'au jour où Yves Forthomme, papa de Vivien (NDLR : coach de Warsage), lui a proposé de participer. En rentrant à la maison, Emma a directement dit qu'elle souhaitait arrêter le basket pour faire du foot", se remémore René Ernst. "En voyant au fur et à mesure à quel point elle y prend du plaisir et s'épanouit, je suis heureux de ce choix : nous aurions été bêtes de lui bloquer la route."
"Un truc de fou!"
C'est à l'été 2025 que la carrière d'Emma a pris un tournant : invitée en stage avec l'équipe A, elle est parvenue à convaincre le coach Calogero Villardita de son potentiel.
Intégrée à l'effectif, donc, mais pas encore dans le rôle de titulaire. "Le premier match que j'ai commencé, ça a été mi-novembre à Anderlecht (NDLR : revers 2-0). Un peu par hasard, suite à des blessures dans le groupe. Le coach apprécie manifestement mes prestations puisque depuis, je n'ai plus été enlevée du "onze"", signale la défenseuse, replacée récemment comme milieu défensive pour "apporter un plus" à la relance. Un rôle important, déjà, malgré son statut de "petite jeune". "Au Standard, ils font la place à des filles de mon âge s'ils ont confiance. En début de saison, en débarquant avec les A sans trop m'y attendre, le stress a vraiment été là, je dois l'avouer. Progressivement, j'ai fait mes preuves et me suis sentie plus à l'aise."
Ce samedi 31 janvier (13h30), Emma devrait vivre un nouveau moment fort puisque le duel à Genk se jouera dans la Cegeka Arena, l'enceinte historique utilisée en Pro League. "J'ai été reprise deux fois pour des rencontres à Sclessin, sans monter au jeu. Rien qu'être dans le vestiaire et m'échauffer dans de tels stades, c'est un truc de fou pour moi!"
Actuellement cinquième à une unité de Zulte Waregem, le Standard Femina doit intégrer le top 4 afin de participer aux prochains play-off de Super League. "Clairement, l'objectif est d'y être après avoir bien entamé l'année. C'est avec Zulte que nous allons lutter", glisse notre interlocutrice, bel et bien décidée à (tenter de) faire son trou dans l'univers du ballon rond. "Je veux progresser au Standard et performer au maximum. J'ai envie d'atteindre le plus haut niveau possible."
Cinq entraînements par semaine… et des études à Herve
Le quotidien d'Emma Ernst n'est pas de tout repos. En plus du match de championnat le week-end, cinq séances d'entraînements sont au programme : deux en soirée, deux en après-midi et une le matin. Pour chacune, sa maman Bérengère joue le rôle de taxi.
"Je n'oublie toutefois pas les études", affirme en outre la joueuse, étudiante en rhéto à l'Institut de la Providence de Herve (IPH). "Je ne sais pas encore ce que je veux faire, je suis un peu dans le flou, mais je continuerai en parallèle du foot l'année prochaine." Son agenda chargé lui fait louper onze heures de cours par semaine. "Pour le moment, ça va, je me débrouille. La direction de l'école est consciente de ma situation et l'accepte." Pour René, le papa, "Emma est soutenue et bien encadrée, que ce soit à l'IPH ou au Standard. Le club l'a vraiment prise sous son aile, avec bienveillance."
Antoine Vidua
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Un groupe de supporters dédié au Standard Femina : "Un football différent mais chacun peut y trouver son plaisir"
Depuis quelques mois, le Standard Femina peut compter sur un groupe de supporters dédié à son équipe. Focus, à l'aube de l'ouverture de la saison en Lotto Super League.
Troisième de la défunte saison de Lotto Super League et vainqueur d'une nouvelle Coupe de Belgique (1-0 contre Anderlecht), le Standard Femina entame sa saison 2025-2026 avec un peu plus de doutes que de certitudes, ce samedi (13h30) contre Zulte Waregem.
Dans un club contraint aux économies de toutes parts, le budget de la section a été réduit. Ce n'est pas l'unique changement de l'intersaison. L'entraîneur Stéphane Guidi – en poste depuis 4 ans – est parti relever le défi du SL16 et a été remplacé par Calogero Villardita – assisté de Raphaël Vince et Vanity Lewerissa. L'effectif a perdu plusieurs joueuses clés dont Mariam Toloba. Pour compenser ces départs, une demi-dizaine de joueuses sont arrivées et, surtout, l'attaquante irlandaise Amber Barrett (11 buts la saison dernière) est restée.
De la curiosité à la passion
En revanche, l'équipe féminine du Standard peut compter sur de nouveaux supporters. Depuis quelques mois, un groupe exclusivement dédié au Femina a vu le jour. Il ne s'agit pas d'une première en Belgique puisque de tels clubs de supporters existent déjà à Oud-Heverlee Louvain (champion en titre) et Charleroi par exemple.
"En fait, on en avait un peu marre de l'atmosphère au stade, de la tension en tribune lors des rencontres masculines, explique Emeric Mevis, l'un des fondateurs du Rouche Fémina 2024. Dans le football féminin, c'est différent. Plus familial, plus convivial."
L'année dernière, le collectif Rouche Fémina 2024 est donc né. "J'ai découvert le football féminin il y a 3 ans lors de la finale de la Coupe de Belgique, raconte encore Emeric Mevis, fan du Standard depuis des années et ancien abonné de Sclessin. Avant ça, j'allais parfois assister à l'un ou l'autre match, par curiosité. Mais là, j'ai vraiment accroché." L'ambiance est bien sûr nettement plus feutrée, plus confidentielle, et les stades plus petits.
Malgré une évolution évidente ces dernières années, le football féminin ne se développe peut-être pas aussi vite qu'espéré en Belgique. Sous-financé, sous-médiatisé – bien que quelques matchs soient diffusés en télévision. Il ne rapporte rien. "On en parle un peu lors des grandes compétitions, dont le dernier Euro qu'ont disputé les Red Flames, ou la Coupe du monde diffusée sur la RTBF. Mais pour le reste, pratiquement rien", déplore Emeric Mevis, un peu navré que le Femina n'ait pas été davantage mis en avant lors du Fan day du Standard le 13 juillet dernier, "même si je peux comprendre puisque les filles ont repris les entraînements bien plus tard que les hommes et que toutes n'étaient pas disponibles".
Un groupe reconnu par le Standard
Quoi qu'il en soit, lui a décidé de vivre sa passion au stade. De suivre l'équipe. Beaucoup plus accessible que les hommes. "Dans notre groupe, ce qu'on apprécie, c'est qu'on peut venir en famille, avec les enfants. Ce n'est pas toujours le cas dans les grands matchs chez les hommes où on sent une certaine animosité, de la rivalité voire de la violence, regrette-t-il. On ne va pas se mentir, le football féminin est un jeu différent, plus lent, mais l'amateur de football peut y trouver son plaisir, notamment au niveau technique."
Actuellement, le groupe Rouche Femina 2024 compte une trentaine de membres mais aspire à en attirer davantage pour soutenir cette section du club au riche palmarès. "Pour cela, on est officiellement reconnu par le Standard comme club de supporters, mais donc exclusivement pour le Fémina, et on invite les réticents à venir tenter l'expérience autour du terrain", conclut Emeric Mevis dans un clin d'œil à l'aube du premier match de championnat.
Vincent Blouard













